
En mai 2026, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a publié un aperçu des besoins humanitaires 2026 pour le Sahel. Ce document dresse un état des lieux des besoins humanitaires dans la région et présente les priorités de la réponse prévue pour l’année 2026 :Les besoins continuent de croître sous l’effet conjugué des conflits armés, des déplacements de populations, des chocs climatiques et des difficultés économiques, alors même que les ressources destinées à l’action humanitaire diminuent.
L’aperçu des besoins humanitaires 2026 pour le Sahel couvre le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Tchad, l’Extrême-Nord du Cameroun ainsi que les États d’Adamawa, de Borno et de Yobe au Nigéria. Dans cet espace géographique marqué par une forte interdépendance des crises, OCHA estime que 24,3 millions de personnes auront besoin d’une assistance humanitaire et d’une protection en 2026. Les partenaires humanitaires prévoient de venir en aide à 15,3 millions de personnes, mais les contraintes budgétaires les obligent à concentrer leurs efforts sur 8,3 millions de personnes présentant les besoins les plus urgents. Le coût de cette réponse est estimé à 3,7 milliards de dollars.
Comme le souligne Charles Bernimolin, Directeur régional d’OCHA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, « il n’existe pas une seule crise au Sahel ». Les populations font face à une succession de chocs qui s’accumulent et épuisent progressivement leurs capacités de résilience. L’insécurité continue d’alimenter les déplacements forcés, les effets du changement climatique fragilisent davantage les moyens de subsistance, tandis que la pauvreté, l’insécurité alimentaire et l’accès limité aux services sociaux de base accentuent la vulnérabilité de millions de personnes. Dans ce contexte, les crises dépassent largement les frontières nationales et soulignent la nécessité d’une approche régionale associant action humanitaire, consolidation de la paix et développement durable.
Une crise multidimensionnelle qui ne cesse de s’aggraver
La dégradation de la situation sécuritaire demeure le principal moteur de cette crise. Depuis plusieurs années, les groupes armés ont étendu leur présence dans le Sahel central et le bassin du lac Tchad, transformant des foyers de violence localisés en une crise régionale aux répercussions croissantes sur les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. En 2025, plus de 5 800 incidents sécuritaires ont été enregistrés dans la région, causant près de 16 000 décès.
Selon OCHA, les violences continuent d’entraîner des déplacements massifs de populations, de perturber les activités économiques et de limiter l’accès aux services essentiels tels que la santé et l’éducation. Cette insécurité a provoqué l’une des plus importantes crises de déplacement au monde. À la fin de l’année 2025, le Sahel comptait 5,8 millions de personnes déplacées de force, dont 2,6 millions de réfugiés et demandeurs d’asile. Les communautés d’accueil, souvent elles-mêmes vulnérables, voient leurs ressources s’amenuiser face à l’arrivée continue de populations déplacées, accentuant les tensions autour de l’accès à la terre, à l’eau et aux services sociaux.
Le changement climatique agit quant à lui comme un puissant multiplicateur de crise. Le Sahel se réchauffe environ une fois et demie plus vite que la moyenne mondiale, tandis que les sécheresses prolongées alternent avec des pluies plus intenses et des inondations dévastatrices. Ces phénomènes détruisent les récoltes, réduisent les moyens de subsistance des populations rurales et aggravent les tensions entre agriculteurs et éleveurs pour l’accès aux ressources naturelles. En 2025, plus de 590 000 personnes ont été touchées par les inondations dans la région.
Les conséquences humanitaires sont considérables. Entre juin et août 2026, 15,4 millions de personnes devraient faire face à une insécurité alimentaire aiguë, dont plus de 1,5 million en situation d’urgence. Dans le même temps, 2,6 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë et près de 12 900 écoles restent fermées en raison de l’insécurité, privant plus de 2,3 millions d’enfants de leur droit à l’éducation. Les systèmes de santé, déjà fragiles, peinent également à répondre aux besoins croissants des populations déplacées tout en faisant face à plusieurs épidémies récurrentes.
Des ressources en constante diminution
Alors que les besoins humanitaires atteignent un niveau sans précédent, les moyens disponibles pour y répondre continuent de se contracter. Le rapport d’OCHA souligne que la communauté humanitaire fait face à l’une des crises de financement les plus importantes de ces dernières années. En 2025, les plans de réponse humanitaire dans les six pays couverts par l’aperçu humanitaire n’ont reçu que 29,5 % des financements requis, leur niveau le plus faible depuis une décennie. Pour 2026, les partenaires humanitaires sollicitent 3,7 milliards de dollars afin de venir en aide à 15,3 millions de personnes, mais à la mi-mai, à peine 21 % des fonds nécessaires avaient été mobilisés.
Cette diminution des ressources oblige les organisations humanitaires à faire des choix difficiles. Dans plusieurs pays, elles ont dû réduire leur présence géographique, suspendre certaines activités ou recentrer leurs interventions sur les populations présentant les besoins les plus critiques. Cette réorientation ne traduit pas une baisse des besoins, mais bien l’impossibilité de répondre à l’ensemble des demandes d’assistance avec les ressources actuellement disponibles.
Face à cette situation, les acteurs humanitaires mettent en œuvre une nouvelle approche, appelée Humanitarian Reset, visant à maximiser l’impact de chaque intervention. L’objectif est de concentrer les efforts sur les activités qui sauvent immédiatement des vies tout en améliorant l’efficacité de la réponse. Cette stratégie repose notamment sur un meilleur ciblage des bénéficiaires, un recours accru aux transferts monétaires multi-usage, le développement de l’action anticipatoire pour intervenir avant que les crises ne s’aggravent, ainsi qu’un renforcement du rôle des organisations nationales et locales, souvent les premières à accéder aux communautés les plus isolées.
Le document souligne également que les contraintes opérationnelles ne sont pas uniquement financières. Dans plusieurs zones du Sahel, l’accès humanitaire est de plus en plus limité par l’insécurité, les restrictions administratives, les difficultés logistiques et les obstacles à la circulation du personnel et des biens humanitaires. Ces contraintes compliquent considérablement l’acheminement de l’aide et réduisent la capacité des organisations à atteindre certaines des populations les plus vulnérables.
Un appel à une mobilisation collective
Dans ce contexte, OCHA insiste sur la nécessité d’un engagement renouvelé de l’ensemble des partenaires. Elle appelle les bailleurs de fonds à accroître leurs contributions et à privilégier des financements plus souples et plus prévisibles afin de permettre aux acteurs humanitaires de maintenir les services essentiels et de s’adapter à un environnement en constante évolution. Elle invite également les gouvernements à renforcer la protection des civils, à faciliter un accès humanitaire sûr et sans entrave, et à respecter le droit international humanitaire ainsi que les droits humains. Les organisations régionales sont, quant à elles, encouragées à poursuivre leurs efforts de prévention des conflits et à promouvoir des solutions durables aux causes profondes de l’instabilité.
OCHA rappelle aussi que l’action humanitaire, si essentielle soit-elle, ne peut à elle seule répondre aux causes profondes de l’instabilité au Sahel. Réduire les besoins humanitaires suppose également d’investir dans le renforcement de la résilience des communautés, l’accès aux services sociaux de base, l’adaptation au changement climatique, la gouvernance et la consolidation de la paix. C’est dans cette complémentarité entre action humanitaire, développement et paix que réside la perspective d’un avenir plus stable pour la région.
